Reportage

21 mai 2013 : Avignon

« Salut So,
J’ai peu de temps car cette reconstitution du passé m’occupe à temps plein.
Aujourd’hui, nous sommes passés à la mairie d’Avignon cherchant à obtenir l’acte de décès de ma grand-mère maternelle. Ma mère a toujours dit qu’elle était arrivée à Marseille le 27/02/1967. Ma grand-mère serait morte en mars 1967….
L’employée de la mairie était de bonne composition mais avec toutes les orthographes possibles, elle ne voyait rien. Il fallait voir ces grands cahiers dactylographiés bien avant l’arrivée des pc et des imprimantes…
Elle a accepté que je cherche moi-même et je me suis tapé tous les décès de 1967 enregistrés à la mairie d’Avignon.
Peu de maghrébins, quelques enfants morts-nés et aucune Fatma… L’employée a du avoir pitié car quand je lui ai demandé le registre des décès de 1966, histoire de vérifier comme par acquis de conscience, elle s’est souvenue qu’il existait un registre reprenant une liste récapitulative des décès de 1963 à 1972. Et là, bingo, je retrouve Fatma … Elle est morte le 10 mars 1968.
Ensuite, visite de l’ancien hôpital Sainte-Marthe où elle est morte mais il est devenu l’université Sainte-Marthe… Les petites chambres sont devenues de grandes salles de classe et il n’y a plus trace de l’hôpital.
Nous avons poursuivi par la visite du cimetière mais là, plus le temps de te raconter l’aventure extraordinaire… Ce sera pour demain, plein d’émotions… »

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 22 mai 2013 :  Avignon

Salut So
Hier donc grosses émotions autour de la recherche des traces indiquant la date du décès de ma grand-mère…Je caressais le papier en passant mon doigt sur tous ces noms de personnes mortes en leur demandant pardon de venir les déranger là où elles sont…
Lorsque je suis tombée sur le nom de ma grand-mère, ma mère a fondu en larmes. Le passé lui est revenu avec toutes les souffrances traversées… Après la pause du déjeuner, nous sommes passés aux archives municipales pour voir ce qu’il restait comme images de l’hôpital Sainte Marthe. Nous pourrons imprimer l’une ou l’autre ancienne photo.
Ensuite, visite à l’ancien hôpital Ste Marthe qui est devenu l’université Ste Marthe… Très beau bâtiment…
Nous avons poursuivi sur les traces de ma grand-mère maternelle, passant de l’hôpital au cimetière comme elle le fit en 1968…
Cimetière Saint-Véran, à deux pas de Saint-Marthe…
Nous interrogeons le conservateur, charmant et respectueux de notre démarche, il nous explique que les défunts n’étant pas pris en charge par leur famille étaient enterrés sur la parcelle communale. Tous les cinq ans, une fois complète, cette parcelle est retournée. On en retire les ossements qui sont alors déplacés vers l’ossuaire… Une voiturette électrique nous conduit devant l’ancien carré N°24 où Fatma a été enterrée en 1968 avant de nous déposer devant le carré N°28 où est situé l’ossuaire.
Pour maman, ce fut un choc, je l’ai vue tituber sur ce carré de terre encadré par des haies de troènes. Elle ne s’attendait pas à cela. Elle pensait que son frère aurait pris la peine d’assurer un emplacement digne de ce nom à leur mère.
Ses larmes, sa gorge nouée nous ont émus. Je l’ai entendue exprimer ses regrets et sa culpabilité, elle disait « je ne sais pas où tu es sous mes pieds… ». Ma mère n’a jamais annoncé à sa propre mère que son mari avait épousé une seconde femme et qu’elle avait décidé de le quitter pour venir vivre avec sa mère en France. Elle a débarqué pour le lui dire ignorant alors que sa mère était mourante. Une fois arrivée à l’hôpital, elle n’a pas voulu lui annoncer cette nouvelle. Elle a gardé son secret pour elle et a accompagné sa mère jusqu’au cimetière.
Face à sa douleur, il m’a semblé juste de lui proposer de poser là, sur cette parcelle d’ossuaire, un souvenir. Une pierre sur laquelle elle a choisi de poser une inscription « A ma maman. Je ne t’oublierai jamais ».
Nous avons immortalisé cet instant de haute valeur symbolique. J’étais contente d’entendre ma mère répéter plusieurs fois « Heureusement que je suis venue. C’est dur mais maintenant, la boule que j’avais dans la gorge est partie ».
La soirée était calme ensuite. Il a fallu digérer ces émotions.
Je suis allée à la boucherie Hallal et maman nous a cuisiné un tajine de rêve!

23 mai 2013 – Châteaurenard

Petit déjeuner chahuté par le restant d’émotions de la veille. Maman est très en colère contre son frère. Elle a mal dormi cette nuit et revit les frustrations passées, les souffrances endurées par sa mère, les regrets… Si elle avait su, elle aurait assumé elle-même une sépulture digne de ce nom pour que sa mère repose en paix.
Visite à l’hôpital d’Avignon afin de voir s’il reste des archives de l’hôpital Sainte-Marthe mais tout a été détruit il y a 4 ou 5 ans, faute de place…
Lorsque maman est arrivée à Avignon pour retrouver sa mère, elle a été hébergée par son frère qui vivait et travaillait à Châteaurenard.
Nous sommes allés sur place. Il habitait juste à côté du lavoir public, en contrebas de la mairie, au pieds des marches qui mènent au château.
Maman a raconté sa joie d’être en France, les jeux qu’elle partageait avec moi le week-end au château, nos pic nique…
De retour au logement, nous avons commencé à préparer notre traversée. Le réalisateur n’obtiendra pas son visa et nous quittera à Marseille. Nous poursuivons le voyage sans lui, hélas. Le coup est dur…
Nous organisons nos retrouvailles plus tard sur la route, sans doute à Almeria début juin avant d’aller au Maroc.
27 heures de bateau pour aller jusqu’à Oran, cela suppose d’assurer nos repas et d’organiser nos bagages en conséquence. Demain, on se lève à l’aube pour prendre la route jusque Marseille. Nous embarquons à 9h…
A plus tard, So. Je t’écrirai une fois arrivée à Oran.

allade au chateau Voir toutes les photos

 24 mai 2013 : Marseille – Oran (par bateau)

 Salut So,
Alors; la suite du voyage…
Le bateau est arrivé un rien plus tôt que prévu et nous étions ravis d’arriver. Par contre le contrôle de la douane relève du calvaire. Arrivés à 14h heure locale, nous sommes sortis après une fouille en règle à 19h…De quoi devenir dingues!
Face à la nonchalance des fonctionnaires – digne d’un vendredi algérien – il y eu un mouvement de contestation… Soleil assez chaud, coups de klaxon puis, des hommes sont sortis de leur voiture en masse pour exiger que les douaniers fassent au moins passer les familles en premier.
Moment comique qui s’enchaîne avec le fait que la comédienne algérienne qui vit à Marseille et qui interprète le rôle de la mère de Aïcha dans la série télé du même nom se trouve face à moi, debout, à la douane. Je lui fais signe sans retenue tellement je suis surprise et elle s’avance vers moi qui suis assise au volant en croyant reconnaître une copine. Elle m’embrasse et me comble de « hamri, ayini » mots affectueux que l’on réserve à un être cher… Je lui dis alors que je la connais de Aïcha, Phil s’empresse d’aller la saluer et elle se met à se présenter en citant les titres des films dans lesquels elle a joué, les Jamel Debbouze, Alain Delon, etc…
C’était assez drôle je dois dire tellement inattendu!!!!

rabia Rabia Mokkedem

Abderahmane nous a attendus de 14 à 19h et nous l’avons suivi jusqu’à l’appartement qu’il nous a trouvé à 16km d’Oran.
Premières images d’Oran, ma ville natale au moment où le soleil commence à se rapprocher de la mer, nous longeons la corniche jusqu’à Ayoun-el-Turk, le village d’enfance de ma mère.
Nous logeons dans un nouveau bâtiment, 3ème étage, balcon avec vue sur mer sans être directement en front de mer, 2 chambres, salon, cuisine et salle de bain, propret et fonctionnel.
Vendredi et samedi ce sont les jours de week-end des algériens. Ayoun-el-Turk est une ville balnéaire dont les anciens bâtiments coloniaux (espagnols et français) se confondent aux nouvelles constructions.
Beaucoup de nouvelles constructions, un certain nombre sont d’ailleurs des résidences secondaires et la ville est peu peuplée à cette période de l’année.
Maman veut retrouver une ancienne ferme où elle a vécu jusqu’à l’âge de 9 ans.
Nos recherches nous permettent de découvrir que ce petit douar de ses souvenirs a été rasé. A sa place une base aérienne militaire. Il reste un monument saint sur cette base et lorsque les militaires sont disponibles, ils permettent l’accès aux fidèles en les y escortant. Nous n’avons pas eu cette chance. Personne n’était disponible pour nous escorter.
Maman avait acheté des bougies pour y faire une offrande. Elle espérait pouvoir s’y recueillir et nous raconter. Impossible.
Juste avant, Phil a du montrer toutes les photos prises autour d’une charmante petite place lorsqu’il s’est fait pincer par un gendarme et emmené au poste pour contrôle. Heureusement pour lui il n’avait pas photographié la façade de leur bureau…
Il fait beau ici et c’est bon de profiter d’un peu de chaleur et de grand large.
Le chemin se poursuit de récit en récit, pas à pas d’une mémoire qui tente de se recomposer dans la tête de ma mère pour elle, pour nous et tous ceux avec qui nous partageons et partagerons cette transmission.
Nous pensons régulièrement à Christian, le réalisateur qui n’a pas pu obtenir son visa. Il est resté à Marseille où il poursuit son film par d’autres chemins, allant à la rencontre des maghrébins avec qui il peut communiquer.
Demain, nous prévoyons une visite dans le quartier oranais où je suis née…

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Dimanche 26 mai : Oran

La matinée passe en préparatifs et enregistrements du témoignage de maman concernant la période où elle a vécu à Ayoun-El-Turk.
Dans le Douar Daya qui a été rasé et sur lequel on trouve actuellement le terrain d’aviation, il y avait là un certain Lucien – un pied noir d’origine espagnole – qui était propriétaire d’une grande ferme où ma grand-mère maternelle vivait avec ses quatre enfants, dont ma mère. Elle me raconte les vergers, les légumes, le raisin, la joie de vivre, ses meilleurs souvenirs. Dans ce douar vivaient essentiellement des familles marocaines. Il y avait là un marabout (lieu saint) du nom de Sidi Bel Ghir et où les familles se retrouvaient le week-end. Les mamans préparaient des tajines, couscous et autres mets déposés en offrande pour les plus démunis pendant que les enfants jouaient alentour.
Maman demande si on ne pourrait pas réessayer d’entrer sur ce terrain militaire pour lui permettre de revoir le marabout, seul bâtiment témoin de son enfance. Tout le reste à disparu…
Nous partons ensuite vers Oran où le fils des anciens voisins de mes parents nous fait visiter le quartier « Les Planteurs » ou ce qu’il en reste. Les autorités locales ont décidé de déloger progressivement TOUS les habitants de ce quartier populaire et de raser toutes les habitations qui s’y trouvent. Les habitants seront relogés dans des cités HLM du côté de la nouvelle ville. Le quartier les Planteurs est situé sur les flans d’une colline qui mène vers le fort Santa Cruz, juste sous la voie du téléphérique. En attendant que tout soit rasé, certaines familles ont consolidé leur habitation pour y vivre encore un moment.
Sur les hauteurs de ce quartier, il y a un lieu dénommé « terrain Chabbat ». C’est là que mes parents vivaient. Mon père, ma mère, mes deux frères : Hassan et Jamel et moi. C’est dans cette maison que mon père a décidé un jour d’épouser une seconde femme et que ma mère a choisi de quitter l’Algérie.
Nous sommes allés voir d’abord l’ancien cimetière où le père de ma mère a été enterré.
Ma mère a essayé de retrouver sa tombe mais il n’y avait aucune inscription et à cette époque, les cimetières ne répertoriaient  pas les emplacements des défunts.
J’ai trouvé l’endroit très beau…
Depuis ces hauteurs nous avions une vue sur la ville d’Oran. Au loin, les buildings contrastent avec ces maisons modestes des quartiers populaires d’Oran.
Nous avons poursuivi notre balade du côté de la maison de mon père… D’abord nous frappons à la porte de la voisine, juste à côté, Ghaira. Elle ne nous reconnaît pas mais maman lui rappelle qui elle est et alors, elle se souvient et nous embrasse. Nous sommes invités à passer le lendemain pour prendre le thé.
La petite fille qui nous accompagne frappe à la porte de la maison qui fut celle de notre famille dans le passé. Nous souhaitons obtenir de l’occupante actuelle l’autorisation de la visiter. Elle ne répond pas. Nous savons qu’elle est là, nous l’avons vue depuis le cimetière occupée à étendre son linge sur la terrasse. Elle finit par passer la tête dehors et se met à hurler comme une furie insultant Ghaira, la voisine. Elle craignait peut-être que notre visite soit une tentative de récupérer notre bien. Mon père a connu le même sort que tous les marocains qui ont été expulsés d’Algérie en 1975. Il a donc quitté sa maison et cette femme est venue l’occuper juste après.
 Il semble que cette période de l’histoire ait laissé des traces et aussi des rancœurs. Nous n’avons pas pu entrer donc.
Il nous reste quelques jours à Oran. Maman a enterré ici deux de ses enfants Hassan mort à l’âge de 10 ans et Fatiha morte à l’âge de 6 mois. Elle voudrait retrouver leur certificat de décès, rendre visite à la dernière voisine encore présente dans le quartier, Yamina, prendre le thé chez Ghaira et ensuite, aller en ville comme dans le bon vieux temps.
Si le soleil revient, nous pourrons profiter un peu de ses bienfaits avant de reprendre la route vers l’ouest… Direction Tlemcen.

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Mercredi 29 mai : Oran

Salut So,
Salut à toutes et tous qui nous suivez.
Depuis dimanche, le temps s’est un peu ralenti.
Après la visite du cimetière où mon grand-père maternel fut enterré, maman a voulu qu’on programme quelques visites bien ciblées… Mardi, nous verrons les rares voisines encore vivantes et habitant toujours le quartier où elle vivait avant de quitter son mari et l’Algérie. Dès que possible nous passerons dans les bureaux de l’administration qui pourra nous fournir les certificats de décès de Hassan et de Fatiha, deux de ses enfants morts en Algérie.
Lundi, nous sommes allés à la mairie qui nous a envoyés aux pompes funèbres… Pour avoir un certificat de décès de l’administration communale, il faut d’abord fournir un numéro de registre de décès. Les pompes funèbres nous annoncent que les registres d’enfants n’ont pas encore été informatisés. Il leur faudra fouiller les registres en papier avant de pouvoir fournir les certificats de décès et d’inhumation reprenant le lieu précis (parcelle) de l’enterrement. Nous attendons qu’ils aient terminé leurs recherches car pour Hassan, maman n’a pas retenu de date précise. Ils ont pu retrouver les traces de Fatiha… Nous profitons donc de cette attente – une occasion de relâche – pour aller visiter la ville et les monuments alentours.
Sur les hauteurs du quartier Les Planteurs, nous découvrons la chapelle Santa Cruz (http://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_de_Santa_Cruz_(Oran)) et ensuite le marabout de Mouley Abdel Kader, au sommet de cette colline. Un moment de promenade accompagnée par un agent de la sûreté civile qui nous a raconté les miracles prêtés à ce lieu saint et qui nous a autorisé l’accès à des points de vue imprenables. Il nous en restera le souvenir de ces quelques photos et le goût du thé et des gâteaux que Nassira nous a préparé pour le goûter en plein air.
Le temps file et le soir venu nous repartons vers Ayoun-el-Turk, vannés et prêts à nous coucher. Le vent s’est levé; il chasse les nuages mais il fait claquer les portes toute la nuit. Nous nous éveillons peu reposés et repartons pour Oran.
Nous sommes mardi et la voisine nous attend. Elle nous reçoit avec le thé, le café, les crêpes aux 1000 trous, les gâteaux et les souvenirs égrainés d’un temps passé où maman et elles se côtoyaient, d’un temps suivant où nous avions quitté l’Algérie et où mon frère Jamel venait se réfugier chez elle pour échapper à la tyrannie de sa belle-mère, la seconde épouse de mon père chez qui ma mère avait du l’abandonner lorsqu’elle décida de partir.
Maman raconte la séparation en 1968, les années de reconstruction en Belgique, son retour pour récupérer son fils en 1970…
En 1975, mon père, sa seconde femme et leurs enfants sont expulsés d’Algérie deux jours après la fête du sacrifie – Laïd Khebir. Des cars les conduiront vers Oujda, au Maroc. Ils quittent la maison et y laissent leurs biens, il leur est impossible d’emmener quoi que ce soit. En 1976, mon père reprend contact avec ma mère et lui fait une de demande en re-mariage. Elle pense qu’il regrette, que nous lui manquons, que nous avons manqué de père et que tout pourra ainsi rentrer dans l’ordre. Il lui prouve son divorce d’avec la seconde épouse, elle l’épouse une seconde fois et ils s’installent ensemble, cette fois à Bruxelles. Nous retrouvons le sens d’une vie familiale, mes parents conçoivent un nouvel enfant – Soad est le fruit du retour de l’amour – mais ce bonheur est éphémère… Et surtout, les codes ne sont pas les mêmes partout. Ma mère occidentalisée a toujours cru en l’amour unique, en la fidélité. Mon père bon vivant oriental a toujours cru en la joie de vivre et aux plaisirs de la polygamie qu’il voulait assumer matériellement mais pour laquelle il n’a pas négocié l’accord de toutes les parties… concernées… A Oran, dans le quartier où il vivait, il avait très bonne réputation. Rieur, sociable, attentif, charmeur il était très apprécié.
Les femmes racontent les voisines mortes depuis 1968, les naissances, les mariages, la santé… Il reste aussi Yamina, la femme du meilleur ami de mon père. Il est mort mais elle est toujours là. Deuxième plateau de thé; de café et de gâteaux, de crêpes aux mille trous, de mille feuilles et de souvenirs effleurés.
Yamina et Ghaira n’ont jamais quitté le quartier, elles vivent modestement mais comme tous ceux que nous croisons là (sauf l’occupante actuelle de la maison de mon père) elles ont un visage souriant, ouvert, des yeux éclairés, un regard lumineux. Il se dégagent de ces femmes une douceur infinie, une bonté peu commune.
Elles n’ont pas besoin de colloque sur la pleine conscience ou sur la pensée positive; elles en sont simplement imprégnées.
Ce chemin sur les traces du passé est riche d’enseignements tant la différence de modes de vie est une école pour celui  qui peut ouvrir son cœur. Nous sommes heureux de partager ces moments de belle simplicité, le cœur plein et l’estomac un peu trop rempli de sucreries…
Nous clôturerons bientôt notre visite oranaise. Demain, j’espère que ma maman obtiendra le certificat de décès de Hassan, mon frère aîné mort à 10 ans, j’en avais alors 3, pour qu’elle puisse se recueillir sur sa tombe et évoquer une dernière fois son souvenir en notre présence. Nous sommes les derniers témoins de sa vie algérienne, en nous les souvenirs vivront au-delà de sa mémoire qu’elle voit décliner au fil du temps.
Certains me demandent comment je vis cela… Difficile à décrire au-delà des mots que je partage ici, avec vous. Je me sens vivante. En moi la résonance est différente. Ce passé est conscient et lointain pour ma mère. Il est vivant car il a vibré dans sa chair, dans les liens tissés avec les êtres de son entourage direct et indirect. Je suis touchée de la voir vibrer ainsi dans ces lieux qui n’évoquent rien pour moi. Etant revenue en 1970 lorsque ma mère a pu reprendre son fils, mon frère Jamel, j’avais gardé un vague souvenir de la porte d’entrée de la maison de mon père. Je sais que j’ai vécu là 3 ans et quelques mois, je crois savoir ce qu’il y a comme espace derrière cette porte mais je n’ai pas eu l’occasion de la franchir car l’occupante actuelle ne peut le concevoir. Tout a changé autour de cette maison. L’espace n’est plus le même. Le manque de terrain et de moyens pour bâtir a poussé les gens à construire au point de rendre ce quartier ressemblant à une ruche. Toutes les maisons sont agglutinées les unes aux autres. Mon souvenir n’est manifestement pas trop éloigné de la réalité.
Pour moi, le plus important est de vivre le voyage de ma mère à ses côtés et de transmettre cette expérience aux miens (ma sœur, mes nièces, mon homme, mes amis). C’est le chemin qui m’a amenée à envisager ce voyage qui  a été le plus éprouvant. Maintenant que j’y suis, c’est un peu comme si j’avais déjà fait le voyage. Je suis prête, sereine et heureuse de ce partage.
A bientôt et encore merci pour vos encouragements et votre soutien.
Farida

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Jeudi 30 mai :

Christian nous envoie sa contribution depuis Marseille…

Bonjour,
Quelques nouvelles et ma contribution à « Ici Mimouna »…
Dur, dur de vous quitter au moment où vous alliez prendre le bateau.
Je prends quelques images avec ma caméra, en marchant dans Marseille et je vois un panneau : « Marseille vous souhaite la bienvenue  + pano vers quelques travailleurs algériens ». Ensuite plus rien … Plus envie de filmer.
Quelques photos dont un carton vide où est inscrit « fragile ».
Des cartes postales de Marseille aussi.
Je m’installe dans un petit hôtel du centre ville.
Rebondir…
Avant de nous quitter sur les quais, j’ai demandé à Madame Miryame et à Farida de m’enregistrer chaque jour de leur séjour en Algérie une petite capsule audio et à Philippe, de réaliser des photos pour les inclure au film.
Martine, ma productrice, m’envoie quelques numéros de téléphone, des contacts à Marseille.
Rendez-vous dès jeudi avec une vieille copine à Martine qui va s’avérer précieuse dans les contacts suivants. Je lui demande à pouvoir rencontrer quelques femmes d’origine maghrébine pour récolter des témoignages très courts autour d’une photo de leur choix avec une seule consigne : un lien avec l’immigration et l’émancipation des femmes.
J’obtiens sept contacts dont trois se concrétiseront par trois beaux témoignages.
A part les filmer chez elles, je ne filme pas Marseille ne le sentant pas.
Mon regard reste encore trop superficiel.
Quelques photos par-ci, par là.
Vendredi soir, je me rappelle qu’Antonio, un copain, a travaillé à Marseille lors d’un atelier vidéo et photo. Il m’envoie le contact de Sophie, photographe. Elle réagit au quart de tour par une SMS me disant « Bonjour Belgique ».
Je la rencontre deux heures plus tard dans un café où elle me parle de son travail photos. Elle travaille sur le deuil, la mémoire, les femmes et la violence… Nous nous mettons d’accord pour inclure des photos plein cadre de son travail dans mon montage.
Je revis, mon profil animateur-cinéaste qui inclut les savoir-faire des gens avec qui je travaille ce qui m’a permis de rebondir en intégrant cette rencontre à mon travail. Merci Sophie !
Ce n’est qu’après quatre jours à Marseille que je prends quelques images : des personnes attablées à une terrasse de café, la diffusion d’un match de foot au café de la plaine, très interculturel et chaleureux…
Mardi, je suis revenu à Bruxelles. Dimanche, je pars à Almeria en Espagne pour continuer le même travail auprès de femmes et d’hommes de l’immigration et pour y attendre Miryame, Farida et Philippe qui arriveront en bateau d’Algérie. Le lendemain nous repartirons ensemble à Nador.
Les comptes-rendus de leur séjour en Algérie que je découvre sur le carnet de voyage www.ici-mimouna.be sont riches et les photos magnifiques. Cela me sert le cœur de ne pas avoir vécu cela avec eux.
Pourtant l’essentiel est ailleurs, la vie est multiforme et pleine de surprises. Le film continue, comme la vie.
Christian

fragile Voir toutes les photos

Vendredi 31 mai :

Salut So,
Nous sommes encore à Ayoun-el-Turk, le vent est tombé, les pêcheurs n’ont pas pu partir en mer ces deux derniers jours. Nassera nous expliquait qu’il est impossible d’avoir du poisson frais pour préparer une bonne Dolma, plat à base de boulettes de poissons.
Hier, nous avons pu localiser l’emplacement de la tombe de ma sœur Fatiha. Une sœur que je n’ai jamais rencontrée et jamais vue en photo… Elle est morte à l’âge de six mois, un an avant ma naissance…
Ici, dans les cimetières on plaçait des pierres plates à la verticale,  à chacune des extrémités du corps.
Sur l’emplacement de Fatiha, quelques iris ont poussé.
Ma mère est émue, elle lui parle à voix haute et lui présente ses excuses. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour trouver un traitement. Fatiha est morte bébé d’une maladie infectieuse.
Pas encore de trace de l’acte de décès de Hassan. Demain, nous irons une dernière fois au cimetière de Ayn Beyda, à l’extérieur de la ville. Ma mère a commandé une pierre tombale que nous irons décorer avant de poursuivre notre route vers Tlemcen.
Je pense que nous avons fait le tour des cimetières et qu’il ne nous reste plus qu’un lieu saint : le marabout de Sidi Boumediene Lemrit. Ensuite, nous traverserons la mer pour regagner le continent européen avant de la retraverser pour conclure notre périple au Maroc, dans la ville natale de ma mère. Nous ne pouvons malheureusement pas emprunter la route de nos ancêtres qui traversaient la frontière par la route. Les relations internationales entre le Maroc et l’Algérie ont condamné les portes nous ignorons jusqu’à quand.
Je suis contente d’apprendre que le soleil vous éclaire à nouveau aujourd’hui…
Pourvu que la lumière fût.
A bientôt, après le tri de quelques photos…

Ayn Beyda cimetiere Voir toutes les photos

Samedi 1er juin :

Salut So,
Quand le temps s’arrête, nous prenons un moment avec nos hôtes, Abderahman, sa femme Nassira, leurs filles Wafa et Rajah. En voiture, cette petite bande assez folklorique se déplace volontiers à condition d’avoir préalablement bu le thé sucré et les gâteaux maison de Nassira (sfenj, harcha, crèpes, etc.).
Nous avons eu droit à une argumentation sans faille. Une fois assis à discuter des chansons traditionnelles, des noms de rue qui ont changé, de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui, comment pourrait-on parler ainsi, acte oral et buccal… sans boire et déguster des pâtisseries? Ca va ensemble, ça ne se discute pas!
Nous avons tenté de résister, de refuser, poliment avec fermeté… Impossible, il est interdit de refuser ces plaisirs!
Philippe avait repéré Kristel, village côtier au nord d’Oran, à voir pour ses falaises. Nous avons pris la route en longeant la côte pour nous poser en bordure de falaise face à la mer, face aux pêcheurs et face au soleil généreux et doux de cette fin mai.
Ainsi, nous pouvons oublier nos recherches, nous changer les idées, aborder les questions d’avenir que se pose Wafa (21 ans) et bien sûr, prendre le thé en mangeant des gâteaux car en parlant, ça va de soi!
Aujourd’hui, nous irons découvrir la pierre tombale fraîchement installée sur la tombe de Fatiha et la fleurir avant de saluer nos amis pour le départ vers Tlemcen.
A demain… Inch’Allah!

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Dimanche 2 juin : Oran – Tlemcen

Salut Sophie,
Ce matin, nous préparions nos bagages et vidions l’appartement de Ayoun-el-Turk, prêts à prendre la route vers l’ouest. Je prends le volant à la demande de Phil qui vient de monter et descendre les bagages sur 3étages, je tairai le nombre d’aller-retours…
Avant de démarrer, je ne sais pourquoi, je vérifie mon téléphone. Bingo!  Notre hôte oranais a tenté de nous joindre. Le travail d’équipe a porté ses fruits. Tu a retrouvé le livret de famille à Bruxelles et grâce aux dates que tu as pu me transmettre maman a pu retrouver la tombe de son fils Hassan.
Pour autant que je m’en souvienne, le premier cimetière que j’ai eu l’occasion de visiter est celui du père Lachaise. Depuis, j’ai toujours adoré la poésie de ces lieux.
Dans les histoires de mon enfance et dans les contes que j’explorais plus jeune, ces cimetières étaient décris comme le jardin des djinn ou jnoun selon les choix de transcription. C’est le lieu des esprits, à n’en pas douter.
Il y règne une atmosphère paisible, sacrée, comme j’en rencontre rarement.
Lorsque nous parcourons les allées, ma mère et nos hôtes se mettent à saluer les défunts avec des mots d’arabe exprimant un respect infini à chacun de ceux qui reposent ici.
Je n’ai pu m’empêcher de brancher l’enregistreur. Leurs voix se mêlent en un doux murmure et il me semble alors que la source de ces sons n’est autre que le meilleur de soi-même, tu sais de quoi je parle So. Cette bonté infinie qui sort de sa coquille comme le papillon, aussi éphémère.
Curieusement et ce n’est pas pour me déplaire, la tombe de Hassan est au pied d’un olivier. Sur sa tombe, pas de pierre tombale mais des plantes dont j’ai reçu quelques plants que je vais essayer de bouturer s’ils résistent au voyage…
Ma mère a pu retrouver la tombe de son fils avant le départ, youpie.
Bon, ici, les youyous ne seraient pas de circonstance, mais disons que c’est un peu comme si.
Alors que ma mère entamait une prière sur la tombe de Hassan, un homme vêtu pauvrement est arrivé et s’est accroupi. Il a dit la prière à la place de ma mère car habituellement, les femmes ne disent pas les prières à l’extérieur. Les trois hommes présents récitaient à l’unisson et ces sons m’enchantaient encore. En cet instant, l’effet de chœur est total. Nos cœurs s’unissent avec les sons et avec cet endroit en plein air, proche de la nature, dans une ville plus ensoleillée ce matin que les autres jours.
Nous sommes partis le cœur léger.
Arrivés à proximité de Tlemcen, nous tentons de trouver une pompe à essence pour faire un plein. Galère, les pompes sont toutes à sec! Pas de diesel. Nous sommes à une petite quarantaine de kilomètres de la frontière marocaine. On nous dit que le débit de carburants à Tlemcen est équivalent à celui d’Alger… Les villes n’ont pas la même population!
La frontière a beau être fermée, certaines choses la traversent… Les carburants en font partie…
Coup de chance, ne trouvant pas de pompe, je m’arrête à la maison mère d’un des distributeurs dont je reconnais l’enseigne. Là, nous sommes aidés en tant qu’étrangers. Nous trouvons d’un seul coup un petit hôtel où nous poser et de quoi faire le plein à un prix qui laisse rêveur… 1000Dinars algériens pour plus de 60L de diesel!!!
Ce qui laisse songeur, par contre, c’est le nombre de voitures qui font la file aux pompes et le nombre de pompes où après une demi-heure d’attente, les clients s’entendent dire qu’il n’y a plus rien.
L’Organisation islamique pour l’Education, la Culture et les Sciences a élu Tlemcen Capitale de la culture islamique pour l’année 2011.
Il y a ici un marabout que maman veut visiter car elle a toujours entendu dire par sa mère qu’elle était de la lignée de ce saint-homme… Une nouvelle enquête va s’ouvrir…
Il fait très chaud, on atteint les 30° aujourd’hui. Christian est arrivé à Almeria où il poursuit un autre aspect du film…
A bientôt

Priere pour HAssan1 Voir toutes les photos

Mardi 4 juin : Tlemcen

Salut So,
Tlemcen, sacré changement de décor et aussi d’ambiance…
Ici, nous découvrons des trésors d’architecture. Une ville organisée autour de ses quartiers commerçants et d’une halle aux légumes, d’anciens palais, vestiges de l’art musulman médiéval, un plateau accessible en téléphérique et le marabout de Sidi Boumedien…
Ce cadre nous enchante mais nous ne pouvons flâner trop longtemps car nous souhaitons savoir à quoi ressemble un poste de douane fermé. Aussi, sur la ligne frontière en direction d’Oujda, il y a le village de Zouj Beghal d’où j’ai tiré mon pseudo en 2007.
Impossible d’y accéder depuis ce côté de la douane…
Nous avons été accueillis par un gentil douanier algérien qui nous a expliqué et montré à distance les limites territoriales et l’interdiction formelle d’approcher au-delà du point où nous discutions, en plein soleil.
Nous tenterons notre chance une fois arrivés au Maroc.
Nous passons notre dernière journée à parcourir les vallées alentours et profitons de ces très beaux paysages. La couleur de la terre est sanguine avec des dégradés de ce rouge qui évolue avec la sécheresse.
De retour en ville, nous profitons d’un dernier tour au marché avant le départ vers Ghazaouet où nous devons être à 11h pour embarquer vers Almeria, seul accès autorisé vers le Maroc, à proximité de Tlemcen.
Nous découvrons le bel hôtel des Zianides, ses jardins paisibles, sa piscine et sa salle de restaurant qui présente même une salade liégeoise à la carte!

alentoursSidiBoumedien1 Voir toutes les photos

Jeudi 6 juin : Ghazaouet – Almeria – Nador

Salut So,
Départ de bonne heure et déjà il fait chaud.
Nous arrivons vers 10h30 à Ghazaouet et là, on nous annonce que le bateau est en retard. Il vient d’accoster, il faudra attendre le débarquement de tous les passagers avant d’embarquer…
Le bateau devait partir à 14h…  Au lieu d’arriver à 22h, nous sommes arrivés à 2h du matin.
Comme nous avions prévu de naviguer de jour, je n’ai pas pensé à réserver une cabine… Une fois sur place, toutes étaient occupées. Pas moyen de s’allonger sur les sièges, ils sont pourvus d’accoudoirs non amovibles. Il fallait voir les trésors d’ingéniosité des passagers pour se trouver une position confortable pour dormir.
J’ai même vu un gars installé sur 3 sièges qu’il avait démontés. Le dossier était resté en place, l’assise lui servait de base pour un matelas de fortune. Il dormait à poings fermés.
Là, un couple d’une bonne soixantaine couché sur une couverture, face à face, chacun sur le côté, recouverts comme ils l’étaient, cela dessinait la forme d’un coeur.
Quant à nous, nous n’avions rien prévu…
A l’arrivée, le passage de douane à Almeria fût un réel plaisir après ce que nous avions connu tant  en arrivant qu’en quittant l’Algérie.
Nos hôtes marocains vivant à Almeria, nous ne les connaissions pas. Ils sont proches d’une copine à maman qui les a contactés pour nous. Ils nous attendaient chez eux avec Christian, arrivé quelques jours avant nous.
Un accueil chaleureux chez ce couple de marocains originaires de Nador qui ont vécu 20 ans en Espagne, naturalisés espagnols, ils ont élevé là leurs deux enfants et, suite à la crise, comme ils ne sont en plus en mesure de rembourser leur emprunt hypothécaire, ils renoncent. Ils ont été saisis, ne trouvent pas d’emploi après trois années de chômage et rentrent au Maroc dès la fin de la session d’examens de leur fils, 14 ans qui lui, devra poursuivre sa scolarité à Melilla – ville espagnole à proximité de Nador où il n’a jamais vécu…
Une courte nuit de 4-5h de sommeil avant de repartir, ce matin vers le même bateau qui cette fois navigue vers Nador.
Nous sommes accueillis là aussi chez des amis de maman. Il nous reste quelques jours avant le retour…
Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de repasser par un cyber avant le départ car nous somme ex-centrés…
A bientôt pour les photos de ces derniers jours.
Bises
Farida

FZ_Ksar3 Voir toutes les photos

 Dimanche 9 juin : Dernier jour au Maroc – Farida Zouj…

Durant ce bref séjour à Nador, nous avons tenté de retrouver le village d’où ma grand-mère Fatma est originaire. Nous n’y sommes pas parvenus, nous avions trop peu d’éléments d’information, nous sommes restés au bord du quartier Ghassi à Bni Nsar, situé à quelques kilomètres de Nador.
De retour dans le centre ville, nous avons retrouvé le terrain dont mon grand-père maternel avait été propriétaire. Terrain qui était en campagne et qui est actuellement entièrement bâti. Situé au bord d’un grand axe (Charih El Massira), à deux pas de l’endroit où nous logeons,  il est méconnaissable, recouvert des maisons et des commerces appartenant ou ayant appartenu aux enfants et petits-enfants de ce grand-père. La maison où ma mère est née était située sur ce terrain et elle non plus n’existe plus.

Maison Nador

Je tenais à relier mon lieu de naissance et le lieu de naissance de ma mère.
La frontière entre l’Algérie et le Maroc étant fermée, et alors que nous n’étions qu’à quelques kilomètres d’Oujda, nous avons fait le détour par l’Espagne pour revenir au Maroc.
Tenter de relier ce qui a été séparé…
Nous avons fait ce chemin ensemble et partagé ces moments de reconstruction qui ont permis à une femme – ma mère – de relier en elle des souvenirs épars, des moments et des lieux qu’elle m’avoue avoir idéalisés durant cet exil.
Elle dit que ce voyage lui aura permis de remettre les choses à leur place…
La route a été coupée par le cours de l’histoire entre le Maroc et l’Algérie, les liens entre membres d’une même famille ont été sectionnés. Certains revoient les leurs en prenant un avion jusqu’à Casablanca pour revoir qui une fille, qui un fils qui se sont un jour engagés dans un couple algéro-marocain ou maroco-algérien…
Sur ce chemin de lien avec les origines, j’ai tenté d’approcher Zouj Beghal. J’avais vu ce nom sur une carte du Maghreb alors que je parcourais du doigt la route qui relie Tlemcen et Oujda. Je m’étais dit qu’étant situé sur la trajectoire de mes ancêtres, ce village dont le nom commence par Zouj (=deux) était une sorte de cadeau qui me convenait bien.
Car  je m’appelle Farida (ce qui signifie unique)
que je chante et traduit ma double appartenance et les dualités que cela fait vivre en moi…
J’ai appris que ce n’est pas un village, juste le nom d’une frontière et au Maroc, tout comme en Algérie, une frontière ça ne se photographie pas.
« Pas même une plaque avec juste un nom écrit? »
« Non madame, je vous dis que la loi c’est la loi! »

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Aux côtés de ceux qui veulent recomposer la mémoire, la rafraîchir, la garder vivante et la transmettre vivent ceux qui font tout pour qu’on oublie…
Je sais pour ma part qu’on oublie rien… de … rien!

Je n’oublierai pas ces regards et ces sourires cueillis tout au long de notre voyage,
je n’oublierai pas la générosité de ceux qui n’ont rien et nous accueillent si bien.

Parmi eux, au détour d’un chemin de  campagne, une femme nous invite à goûter leur lait battu juste un instant et nous voilà assis dans leur maison, partageant leur repas avant de visiter leur petite étable.

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Maman poursuit ses vacances à Nador,

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Christian est rentré en avion lundi matin

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alors que nous prenions la route pour Tanger pour notre plus longue traversée… Tanger – Sète, deux nuits à bord avec vue sur la mer. Une route fluide vers le nord, cette fois sans pluie…

DSC_1017    Photographies : Philip Mullier

DSC_1031   Récits : Farida Zouj

Conception du blog sur Word Press,
mise en ligne durant le voyage,
assistance technique diverse : Sophie Quinet